Comparaison entre la musique de la Renaissance et la musique Baroque

      Plusieurs oppositions stylistiques peuvent être dégagées entre la musique de la Renaissance et la musique Baroque. Forcément caricaturales, ces différences illustrent tout de même bien l'état d'esprit des compositeurs de l'époque et sont des répères aisément décelables à l'écoute.

Pratique de composition : A la Renaissance, il n'y a qu'un style musical alors qu'à l'époque Baroque le 'stile antico' côtoie le 'stile moderno'. Le premier est encore beaucoup utilisé dans la composition de la musique liturgique ( on parle même à l'époque de style 'alla Palestrina' ). Le second occupe totalement le domaine de l'opéra et une grande partie du reste de la musique profane.

La polyphonie : Toutes les voix sont équivalentes au cours de la Renaissance. Les choeurs à 5, 6, 12 ou 36 voix égales sont envisageables. A l'époque baroque on assiste à l'apparition d'une prééminence des voix extrèmes, la voix de dessus ayant souvent l'exclusivité de la mélodie. Les choeurs à 4 voix deviennent de plus en plus majoritaires.

Le texte : La représentation des mots à la Renaissance est limitée. Cela provoquera d'ailleurs bien des polémiques dans le domaine religieux : des théologiens se plaignant de l'inaudibilité des textes sacrés chantés en polyphonie, résultat à la fois de l'égalité des différentes voix et de la non-représentation au niveau musical des affects liés aux concepts exprimés. A l'époque baroque le texte est roi et tous les moyens musicaux disponibles sont utilisés pour l'illustrer. Par exemple des mots comme 'lasso', 'furor', 'morte' sont souvent sur des dissonances ou des variations rythmiques, des brusques variations d'intensité. Plus élaboré encore, des flûtes aériennes peuvent évoquer des battements d'ailes de rossignol ou d'anges selon le contexte, etc... L'accompagnement instrumental est choisi en fonction du texte.

Les accords : Après avoir traité les accords comme résultant de la conduite du contrepoint des différentes voix, l'époque baroque leur accorde une indépendance plus grande.

Modalité et tonalité : A l'époque de la Renaissance, la musique est modale. La progression des accords est gouvernée par l'écriture horizontale de la mélodie, elle-même gouvernée par la modalité. En revanche, avec l'apparition de la tonalité, la musique évolue autour du centre de gravité que constitue la tonique.

L'ambitus : L'ambitus est faible à la Renaissance pour chacune des voix. Il devient plus important à l'époque baroque voire extrème dans le cas de l'opéra. L'utilisation de plus en plus fréquente des castrats pour la musique profane permet de développer une virtuosité encore inouïe.

Rythmique : A la Renaissance le 'tactus' ou la battue est régulière. Le passage d'un tempo à un autre est soumis à des règles mathématiques de proportions. A l'époque baroque les tempi sont plus libres et on observe aussi bien un 'tactus' mécanique qu'une absence totale de battue. Certains récitatifs de Monteverdi sont expressément 'senza battuta'.

Rôle des voix et des instruments : A la Renaissance, il n'existe pas de langage musical spécifique à chaque instrument ou à la voix. Le compositeur compose 'pour voix ou instruments' ! Qu'importent les moyens, pourvu que la mélodie soit réalisée. Certaines partitions portent cette indication sans qu'il soit fourni de paroles pour la voix... Une des inventions les plus fascinantes de l'époque baroque est l'apparition d'un langage spécifique à chaque instrument : on ne compose plus de la même manière pour les voix, le violon, le clavecin, le luth, la trompette ou la flûte. Toutes les possibilités propres à chaque instrument sont exploitées. Le raffinement ultimes est l'imitation par un instrument du langage d'un autre instrument ou de la voix ( imitation de la voix par l'orgue, imitation des ornements du clavecin par le luth, etc... )

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